Née à l’orée de l’an Mil

Montpellier aborde le troisième millénaire, riche de dix siècles d’une histoire parfois tumultueuse, quelquefois dramatique, souvent brillante et toujours peu commune.

Dans la plaine languedocienne, dont elle occupe le centre, Montpellier fait figure d’exception : c’est la seule grande ville dont les origines ne remontent pas à l’Antiquité. De cette situation singulière, elle conservera le dynamisme des plus jeunes. Alors que les vieilles cités, vestiges de l’Empire romain, ne cessent de décliner, elle connaît au Moyen-Age un développement d’une rapidité surprenante. De simple domaine agricole, elle devient en quelques siècles une capitale économique et culturelle de tout premier plan. En dépit d’éclipses passagères, Montpellier a su maintenir et développer son rôle de capitale du Bas-Languedoc. A cet égard, le XVIIIe siècle fut aussi pour elle une période faste.

La belle Méditerranéenne a donc beaucoup reçu en héritage. Des suzerainetés multiples et parfois lointaines y ont acclimaté le goût de la liberté. Les visiteurs de tous horizons en ont fait une terre de tolérance. Ses savants lui ont donné le respect de la culture et du savoir.

Montpellier vit le jour au cours du XIème siècle

Le comte de Mauguio offre deux manses à Guilhem pour le féliciter de sa loyauté. Les héritiers de Guilhem vont alors développer la grandeur de leur famille à travers le bourg de Montpellier qui cohabitait au côté du village épiscopal de Montpelliéret, propriété de l'évêque de Maguelone.

C'est au treizième siècle que de nouveaux remparts réunissent les 2 villes. La démographie explose. Avec 35 000 à 40 000 habitants, Montpellier, est une grande cité, la seconde du royaume de France après Paris (80 000 habitants).

En 1204, la ville devient espagnole suite au mariage de la fille de Guilhem VIII, Marie de Montpellier, avec Pierre d'Aragon. Marie sera le dernier seigneur autochtone de Montpellier.

La cité est alors une quasi-république avec ses consuls et une Charte des coutumes et libertés.

La dynastie des Guilhem, du premier au neuvième du nom, correspond à une longue période de paix pour la ville. Ces conditions favorables lui permettent de se développer de manière spectaculaire. Au XIIIe siècle, la bourgade de l’époque carolingienne est devenue une ville universitaire et marchande importante. Avec Salerne, en Italie, son école de médecine est la plus célèbre d’Occident. Les marchands de Montpellier traitaient avec l'Orient l'achat d'épices et de plantes thérapeutiques; les vertus de ces plantes étaient enseignées dans la toute nouvelle Université de médecine.

Des écoles de droit et d'art virent également le jour à cette époque.

En 1289, une bulle du Pape Nicolas IV établit un Studium Generalis (enseignement du droit, civil et canonique, de la médecine et des arts), confèrant à l’université de Montpellier un statut égal aux plus grandes,  telles Bologne ou Paris. Les étudiants y viennent de loin pour écouter des maîtres réputés dans une cité ouverte aux influences des savants arabes ou juifs (Rabelais y finit ses études de médecine en 1530).  Par le Cami Roumieu, les pèlerins en marche vers Compostelle y affluent aussi. L’activité va bon train et les productions transitent par Lattes, le port de la ville, qui commerce avec l’Orient, où elle a plusieurs comptoirs.

La ville sera revendue au Roi de France, Philippe de Valois en 1349 ce qui marquera sont retour dans le giron de la couronne de France, mais aussi le début d’un long régression.

A la fin du 14ème siècle, Montpellier va connaître une période de déclin avec l'arrivée de catastrophes, telles que des épidémies de peste entrecoupées de périodes de famine, qui vont dévaster une partie de la population.

Il faudra attendre le milieu du 15ème siècle avec l'installation de Jacques Coeur, l'argentier du roi Charles VII pour que le commerce redevienne florissant. Seulement, le rattachement de la Provence à la France en 1481 va marquer définitivement la fin de cet essor car Marseille va devenir le premier port de commerce avec l'Orient du Royaume.

Au 16ème siècle, l'arrivée de la Réforme à Montpellier va marquer le début d'une ère de luttes religieuses entre catholiques et protestants.

Ils vont successivement prendre le contrôle de la ville jusqu'a l'intervention de Louis XIII en 1622.
Pour calmer les ardeurs d’une ville réputée turbulente, le pouvoir royal va ériger une imposante forteresse : la citadelle de l’actuel lycée Joffre. Grâce à Richelieu, puis à Louis XIV, la ville est d’ailleurs une pièce maîtresse de l’administration royale dans le Midi. Elle devient la capitale de ce que l’on nomme alors le Bas-Languedoc. Siège d’une Intendance et de diverses institutions (Cour des comptes, Académie royale des sciences, etc.), la ville connaît à nouveau une période faste. « Un magasin de belles demeures » en dira à cette époque Mme de Staël. Les hôtels particuliers y abondent (hôtels de Montcalm, Jacques-Cœur, de Varennes, de Manse, etc.).

Du siècle des lumières à aujourd’hui

Si la ville s’embellit avec, notamment, au XVIIIe siècle, la promenade du Peyrou et l’Arc de Triomphe, les alentours voient la construction de nombreuses et superbes «folies », demeures cossues  inspirées des villas vénitiennes qui témoignent de la richesse et du goût des Montpelliérains aisés. Le XIXe siècle sera celui de la vigne. En devenant une monoculture à gros rendement, elle permet l’édification de fortunes dont les retombées économiques se traduisent par de grands travaux urbains : palais de justice, églises Sainte-Anne et Saint-Roch, théâtre de la Comédie.

La crise du phylloxéra et la surproduction viticole vont donner un coup d’arrêt à cette expansion. La révolte de 1907 rassemblera un demi-million de manifestants à Montpellier, mais n’aura pas de lendemain.

Les années 60 seront marquées par l’arrivée en nombre de populations rapatriées d’Afrique du Nord, les Pieds Noirs - on parle de 30 000 - qui y trouvent une terre d’accueil. En retour, ils contribuent avec une énergie de pionniers aux transformations de la ville. A partir des années 70, Montpellier se distingue à nouveau par son dynamisme et sa croissance, sans cesse confirmés depuis. Le 25 mars 1977, Georges Frêche, député et professeur à la faculté de droit, est élu maire. Pendant un quart de siècle il va modeler et incarner ce nouveau visage de Montpellier : celui du dynamisme et d’un souffle nouveau pour la cité. La création du quartier neuf d’Antigone – lancé en 1983 – reste l’empreinte la plus emblématique de cette volonté de transformer une ville somnolente en métropole moderne, qui passera en moins de trente ans de la 25e à la 8e place des villes françaises. Elle devient « la surdouée » qui brûle les étapes pour se retrouver aux avant-postes de la modernité : technologies de l’information, informatique, biotechnologies constituent ses principaux axes de développement.   

Cette nouvelle croissance semble, par sa rapidité, tendre la main à travers le temps aux époques les plus dynamiques de l’histoire de Montpellier.